Lettre Aout 2009

Colombie, Pénitentiaire des femmes. Bogota, 8 août 2009
A toutes et tous les amis engagés dans la campagne pour ma libération :
‘Paz y Justicia por Colombia’,
‘Red Internacional en Solidaridad con los Prisioneros Políticos Colombianos’, ‘Campaña Permanente de Solidaridad con las Detenidas y Detenidos Políticos – Traspasa los Muros’, Campaña Canadiense de Solidaridad con Liliany Obando y todos los Presos Politicos Colombianos, (The Canadian Solidarity Campaign with Liliany Obando and all Colombian Political Prisioners), ‘Comité de Apoyo a Centro America – CASC’, ‘Asociación de Solidaridad Canadá-America Latina – LACASA’, ‘Coalición de Paz de Windsor’, ‘Campaña por los Derechos Laborales – EEUU’, ‘Justicia por Colombia’, ‘Abogados Thompsons’, ‘Colectivo 35’, ‘Comité de Solidaridad con Colombia –  Sydney’, ‘Colombia Journal’, Mouvement Syndical, ‘Consejo Distrital de la Isla de Vancouver – VIDC’, ‘Sindicato Canadiense de Empleados Públicos – CUPE’, ‘Federación de Profesores de Secundaria de Ontario – OSSTF’, ‘Sindicato Nacional de Granjeros – NFU’, ‘Sindicato de Agricultores – Unión Paysanne’, des Syndicats de Nueva Gales del Sur – Sydney’, ‘Sindicato de la Construcción, Forestales, Minería y Energía – CFMEU’, ‘Sindicato Marítimo de Australia – MUA’, ‘Sindicato de Profesores de las Escuelas Estatales del Occidente de Australia – SSTUWA¬’, ‘Comité Internacional de Sindicatos de Occidente de Australia’, Parti Communiste de l’Australie, Parti Communiste du Canada, Parti du Peuple de Panamá, Aux défenseures des Droits Humains, aux élus et avocats solidaires, aux medias et journalistes alternatifs, aux communautés de la foi, aux académiciens, et étudiants, aux leaders qui cherchent la paix et la Justice Sociale, aux camarades et amis de toutes mes luttes, à toutes les personnes solidaires qui m’ont  accompagné en Australie, France, Royaume Uni , aux Etats Unis, Canada, Mexique, Panamá, Venezuela, Brésil, Bolivie et Colombie.

Un an s’est écoulé depuis mon arrêt et emprisonnement. De même un an de séparation de mes enfants. Même aujourd’hui je suis enfermée dans la prison des femmes à Bogota, nommée -el buen pastor- toujours dans la condition de soupçon et dans l’attente d’une réponse sur ma situation judiciaire.

J’ai été la première prisonnière dans le cadre d’un processus contre l’opposition politique, opposition dans laquelle, se trouvent également engagées des personnes pour la paix en Colombie. Il s’agit d’un processus qui d’emblé a été fabriqué en ayant pour base l’opération Phénix: le 1 mars 2008 lorsque en enfreignant la législation internationale et la souveraineté de l’Equateur les Forces Armées colombiennes à l’aide de la police nationale ont récupéré du
matériels électroniques et digitales supposés appartenir, d’après le gouvernement colombien, au chef des FARC M. RAUL REYES, abattu lui aussi lors de l’attaque. De ce fait, il faut dire que dans cette opération militaire ont été commis des crimes de guerre. Le 22 mai 2008, en se basant sur des fausses évidences M. Mario Iguaran, responsable du Ministère Public Général de la Nation, ainsi que le Ministre de défense de l’époque M. Juan Manuel Santos, ont hélas annoncé le début d’un processus qu’ils ont surnommé la FARC-POLITIQUE.

Tout au début ils ont « montré du doigt » 12 personnes nationales et étrangères parmi lesquelles il se trouvait des hautes personnalités politiques, sénateurs, journalistes, académiciens et d’autres membres appartenant l’opposition politique. En tout il s’agissait de personnes qui, dans leur cadre d’action, ont toujours travaillé pour la paix, les droits de l’homme et l’échange humanitaire des prisonniers politiques et de guerre.

Il s’agit alors de la mise en évidence d’un processus politique utilisé pour couvrir et dévier l’attention de la communauté internationale par rapport au scandale survenu lors de la découverte de l’existence des liens entre paramilitaires et hauts fonctionnaires du gouvernement colombien. Dans le cadre des requêtes judiciaires mises en œuvre pour établir le lien entre paramilitaires et ces fonctionnaires publics on a mis en prison un nombre important de députés et fonctionnaires régionaux liés à la coalition du parti politique qui ont réussi à faire élire et réélire Alvaro Uribe Velez comme chef d’État.

Dans le cas de mon procès judiciaire dirigé à mon encontre, on peut constater qu’il a été malmené car les vices de forme et de procédure ainsi que des illégalités sont présents depuis le tout début. Il s’agit des illégalités judiciaires qui ont outragé la Constitution Politique de la Colombie, ainsi que violé la législation pénale nationale et les lois internationales. Ils ont donc méconnu mon droit d’innocence, mon droit à la légitime défense, de même que de bénéficier d’un jugement légitime et d’une égalité devant la loi. Le droit aussi à ne pas être jugée deux fois dans le même procès du fait que les accusations demeurent dans deux systèmes de jugement et sont par conséquence mélangés de façon indiscriminée. Dans cette situation j’étais aussi exposée à plusieurs reprises comme coupable par les medias sans avoir reçu une réponse officielle du juge.

Comme si de rien n’était, depuis le début le Ministère Public Général a voulu ordonner la segmentation du procès judiciaire mené dans la FARC-POLITIQUE, en violant ainsi le caractère d’unité du procès. Ils ont donc ouvert des enquêtes à caractère individuel bien qu’il s’agisse d’un même fait et de mêmes pièces à conviction, à savoir des textes tirés des «rdinateurs de Raul Reyes». (Le Capitaine de la Police Judiciaire Ronald Hayden Coy Ortiz, qui avait la garde des ordinateurs portables est celui qui a su faire la manipulation des archives et a reconnu qu’il ne s’agissait pas de mails).

Sous cette argutie ils nous ont empêchés d’avoir accès à l’ensemble des documents (écrits en texte de Word) et qui ont était utilisés en tant que preuves à notre encontre.

En s’appuyant sur ces faits, la Haute Cour de Justice de même que le Ministère Public Général auraient dû déclarer la nullité du procès judiciaire. Non pas parce qu’il y a trop d’irrégularités, mais parce que les preuves sont fausses ; dans le système juridique colombien cela signifie qu’il n’a point de validité juridique.

De façon parallèle au développement de l’investigation à mon encontre, mon avocat a demandé devant le procureur 19 appartenant à la Cellule Antiterroriste ainsi qu’auprès du juge, de m’octroyer la détention domiciliaire dont j’ai le droit pour pouvoir rester avec mes enfants en attendant d’être fixée sur ma situation judiciaire. Cette demande a été refusée à maintes reprises (6 fois) sous des arguments dérisoires car pour le juge je « suis un danger pour la société » et la garde de mes enfants peut être confiée à d’autres personnes. Le juge affirme aussi que je ne suis pas parent isolé et ceci malgré le fait d’avoir fait parvenir des documents attestant de ma situation.

Pendant cette année d’incarcération injustifiée ils m’ont amené seulement deux fois devant le procureur 19 de la cellule Anti-terroriste. La première pour rendre ma déclaration en tant qu’inculpée et la deuxième pour approfondir la première déclaration. En Avril 2009 le procureur a déclaré la fermeture de l’enquête et a dicté l’acte d’accusation. Désormais la requête se poursuit sous la compétence du juge 9 Pénal Spécialisé à Bogota celui qui doit
donner un verdict. Le 7 juillet dernier on m’a appelé dans une Audience Préparatoire où on a fixé une date pour avoir un jugement public le 27 août prochain.

Récemment la Cour Suprême de la Justice a déclaré non fondée cette requête en classant sans suite l’affaire judicaire et en déclarant aussitôt innocente la Sénatrice Communiste et membre su parti du Pôle Démocrate alternatif Mme. Gloria Inés Ramirez (une des 12 accusés). Peu après cette décision, le Ministère Général public, a aussi reconnu qu’il n’y a pas assez de preuves pour poursuivre une telle requête à l’encontre de l’ancien ministre M. Alvaro Leyva Duran, ni à l’encontre du leader communiste et journaliste de l’hebdomadaire VOZ, M. Carlos Lozano Guillen. Le président du Pôle Démocratique Alternatif, M. Jaime Dussan a été aussi exonéré de toute faute. Finalement la Cour a rendu publique sa  reconnaissance au sujet du travail pour la paix mené par ces personnalités, parbleu!!

Nous assistons à l’effondrement d’un procès monté par l’État ; ceci va dévoiler à la société le fait que l’Opération Phénix et sa résultante: la FARC-POLITIQUE, ne sont autre chose que des actions illégales, sans droit et qui portent atteinte à la conscience nationale. Ainsi nous constatons qu’en Colombie la justice est sous l’influence de la politique en faveur du gouvernement de M. Uribe. Il s’agit alors d’une justice agissant de manière subjective et ayant des critères qui portent atteinte contre divers secteurs de l’opposition politique.

Cette année a été une longue attente dans de difficiles conditions pénitentiaires pour ma famille et particulièrement pour mes enfants. En même temps, cette période a été un grand apprentissage de vie aux côtés des camarades de prison. De plus cette année a vu la réaffirmation de principes et d’engagements.

En tant que militante sociale et politique et que femme révolutionnaire, je suis prête à assumer dignement, la tête haute n’importe quelle décision juridique issue du procès judiciaire.

Sans aucun doute les diverses manifestations de solidarité et d’affection de votre part ont été importantes. Des manifestations exprimées dans des messages qui me redonnent le moral et le souffle, ainsi que dans des lettres, des belles cartes postales, des poèmes, des chansons, des appels téléphoniques, des visites, des articles de presse et des interviews, ainsi que vos chers témoignages et déclarations, votre soutien matériel qui m’est parvenu de manière généreuse, vos lettres de dénonciations et de pression aux autorités colombiennes, ainsi que dans toutes vos initiatives et activités faites pour ma libération. Grâce à tout cela mes enfants, ma famille et moi-même nous nous sommes sentis accompagnés.

La Campagne a été une importante opportunité pour montrer que je ne suis pas un cas isolé, mais qu’il existe des cas similaires que l’on a pu repérer et dénoncer; 7.200 prisonniers politiques colombiens qui veulent montrer notre situation dans la prison, nos demandes et nos rêves. Depuis lors nous continuons ensemble: des camarades prisonniers et prisonnières politiques de lutter pour le respect des droits de l’homme de tous les colombiens, même pour ceux qui sont en prison. Nous continuons pour l’échange humanitaire des prisonniers politiques et de guerre, pour la construction d’un nouveau pays : démocratique, en paix et avec un justice sociale.

Nous espérons pouvoir continuer à compter sur vous, sur votre soutien et votre compagnie, pour que nous puissions parcourir le chemin ensemble, pour que votre courageuse voix empêche l’anéantissement de notre propre voix. Pour que vos actions décisives permettent de franchir les barreaux des prisons en vainquant l’infamie.

Merci à toutes et tous pour donner un sens précis à la SOLIDARITÉ en tant que puissant outil dans les mains des peuples qui luttons pour un monde meilleur.

Bien à vous,

LILIANY OBANDO
Prisonnière Politique Colombienne
Rescapée du génocide de l’Union Patriotique.